La libre littérature française d'Amérique Version du 10 juillet 2005



Tuez-les toutes !


Nouvelle historique

Paul MOMBELLI



La terrible injonction s'étalait sous mes yeux : " Tuez-les toutes, Dieu reconnaîtra les siennes ! "
Cela me fit penser, naturellement, à la célèbre phrase d'Arnaud Amalric, abbé de Cîteaux, légat du pape Clément V, chargé de réprimer l'hérésie Cathare en 1209. Quand les hommes de guerre vinrent lui demander comment ils pourraient distinguer les vingt-deux mille habitants catholiques, de la ville de Béziers, des deux cent vingt-deux " bonshommes " cathares, auxquels ils avaient accordé l'hospitalité, il leur répondit " Tuez-les tous, Dieu reconnaîtra les siens ! " Cet ordre monstrueux fut exécuté à la lettre. Mis en demeure par les assaillants de livrer leurs hôtes, les valeureux habitants de la ville, pourtant de confession catholique et malgré les conseils de leur évêque, refusèrent jusqu'à la mort de le faire. Que l'on ne me dise pas que les Provençaux ne sont pas hospitaliers !
Mais les féminins : " toutes " et " siennes " ne pouvaient pas découler d'une erreur de traduction, le document ne faisait pas référence à Almaric, pas plus qu'aux Cathares, d'ailleurs.
Ma connaissance du latin étant devenue trop incertaine, avec le temps, il fallait que je consulte quelqu'un de plus expert que moi. Le texte, que j'avais sous les yeux, représentait une page d'écriture manuelle, aux caractères fins et serrés, même s'ils étaient d'une hauteur assez grande, ce qui semblait confirmer l'importance du message.
Petit problème : le seul latiniste distingué, qui était dans mes relations, était le curé de la paroisse, grand ami de mon père. Vous me direz " Un curé connaît-il encore le latin, de nos jours ? " On peut en douter, certes, mais celui-ci n'était pas un curé ordinaire, devenu prêtre sur le tard, il avait enseigné le latin et le grec ancien, pendant plusieurs années, dans un lycée. C'était un homme très intelligent et très érudit, que l'on se serait attendu à voir occuper d'autres fonctions que celles de curé d'une aussi petite paroisse. Vocation trop tardive ? Ou manque de souplesse politique pour progresser dans la hiérarchie de l'Église ? Mon père, sans être dans la confidence, optait plutôt pour la seconde réponse.

Il y a quelques années, mon père avait tenu à lui faire lire mon premier ouvrage, un roman historique se déroulant au XVI° siècle et qui, racontant la vie extraordinaire d'un renégat calabrais devenu roi d'Alger, se présentait plutôt comme une apologie de la religion musulmane. Un curé catholique était bien la dernière personne à laquelle j'aurais fait lire ce livre, mais mon père m'assura que son curé avait l'esprit très large et ne serait offusqué par rien de ce qu'il lirait dans mon texte. Effectivement, appelé à rencontrer le prêtre, après qu'il eut achevé sa lecture, il me fit quelques compliments et quelques remarques fort judicieuses, qui témoignaient d'une grande connaissance du sujet.
Il ne manqua pas de me faire remarquer, ce que j'avais moi-même relevé, que la Sainte Inquisition n'avait pas toujours eu le rôle dramatique qu'on lui prête généralement, puisqu'elle se montrait très bienveillante envers les renégats qui rentraient au pays après une carrière, parfois longue et fructueuse, dans les rangs des corsaires barbaresques. Il suffisait qu'ils affirment n'avoir renié leur foi que du bout des lèvres et de l'avoir toujours conservée dans leur cœur, pour être absous et autorisés à retrouver leur place dans la communauté chrétienne.
Le seul problème, c'est que si le document qui m'intéressait faisait justement allusion à l'Inquisition, la terrible phrase, que j'avais traduite avec beaucoup de peine, ne laissait pas espérer autant de mansuétude.
Autre problème supplémentaire : le mince parchemin, que j'avais en main et dont je tentais de connaître le contenu, avait une apparence tout à fait authentique, ce qu'il était sans aucun doute. Le prêtre, ami de mon père, se demanderait légitimement comment un tel document avait pu échouer entre mes mains. Comment lui avouer que je l'avais " volé " à la bibliothèque principale de la ville ?
L'idée, un peu irrationnelle, m'était venue, en fin de journée, de consulter un incunable, une bible du XV° siècle, qui, d'après le descriptif, ne présentait aucun intérêt particulier, en dehors de son ancienneté et du texte, d'une version tout à fait banale. Pendant que je feuilletais, un peu désabusé, les pages assez rigides du vieil ouvrage, en me demandant pourquoi j'avais demandé sa venue jusqu'à moi, je tombais sur une page manuscrite, ce qui n'était naturellement pas le cas du livre lui-même. Je crus pendant un moment qu'il s'agissait de l'inclusion d'une illustration gravée, puis que remarquais que son encre n'avait rien à voir avec celle qui avait été utilisée sur les pages imprimées. Une observation plus attentive me convainquit qu'il s'agissait bien d'un document indépendant, que sa mince épaisseur et l'humidité avaient littéralement collé sur une page normale. D'ailleurs, à partir de cet instant, la vérité devint évidente, le document étant mal positionné par rapport à sa page support, son texte formant un angle de plusieurs degrés avec l'alignement des lignes de celle-ci.

Ce ne fut pas une mince affaire de décoller le parchemin manuscrit, sans trop l'abîmer et sans faire repérer la manœuvre suspecte par le cerbère féminin qui surveillait la salle de lecture dans laquelle je me trouvais.
Je pus enfin récupérer le précieux document et le glisser dans mon attaché-case sans que cela ne paraisse trop anormal, alors que mon cœur battait à se rompre.
Malgré toutes mes précautions, le cerbère examina avec une attention jalouse l'ouvrage, quand je le lui rendis.
" Tu peux chercher, ma Vieille, il ne manque aucune page ! " Mais ce n'était peut-être pas la peine de la défier davantage.
Ma conscience ne me travaillait pas pour autant, car ce document était ignoré par la bibliothèque et aurait pu continuer à l'être, d'elle, pendant très longtemps. Certes, le parchemin leur appartenait incontestablement, mais il s'agissait, en quelque sorte d'un trésor découvert dans le " sol " dont la municipalité était propriétaire et, en tant qu'inventeur, j'avais quelques droits sur lui. Et puis, flûte ! Je désirais tellement m'emparer de ce parchemin, qu'aucune considération n'aurait pu m'empêcher de le faire.
Mais mon curé ? Ou plutôt celui de mon père, accepterait-il cette " divine surprise " ?

--> Ne me dites pas comment vous vous êtes procuré ce parchemin, jeune homme, je préfère ne pas le savoir. Son authenticité est trop patente pour que je cherche à la conforter encore davantage.

Voilà, au moins, une question embarrassante évacuée ! Le bon père ne semblait avoir aucun doute concernant l'origine frauduleuse du document.

--> Vous comprenez, mon Cher, si ce document respire l'authenticité, par son aspect et par sa nature, celle-ci ne prêche pas pour une apparition banale entre vos mains.
--- Je ne comprends pas...
--> Cette note est un ordre secret, envoyé directement par la Curie romaine, à un évêque, sans doute à tous les évêques d'une région, peut-être d'un pays, avec recommandation expresse de la détruire après lecture.
--- Ce qui n'a visiblement pas été fait !
--> L'évêque en question était peut-être distrait, peut-être s'accordait-il le droit à une seconde lecture, pour être certain qu'il avait bien compris la teneur du message... Je vois, dans vos yeux, que cette hypothèse vous éclaire sur les raisons qui font que vous avez trouvé ce parchemin, là où vous l'avez trouvé.
--- Oui, mon père et cela, comme vous le suggériez, vient renforcer ma certitude concernant l'authenticité de ce parchemin et du message qu'il porte.
--> En fait de message, il s'agit plutôt d'un ordre et quel ordre ! Mais nous allons progresser avec méthode. La phrase que vous avez déchiffrée est exacte, elle vient en réponse à une question que l'auteur du texte a formulée à la place du lecteur. Dans un français d'aujourd'hui, à peu près correct, voilà la question :

" Et si vous vous demandez, si parmi ces malheureuses créatures, il en existe certaines qui ne soient pas frappées par le sceau du mal, ne perdez pas votre temps à essayer de répondre à cette interrogation, exécuter l'ordre du Saint-Père : " Tuez-les toutes, Dieu reconnaîtra les siennes ! "

--- S'il s'agissait de personnes humaines, vous avoueriez que cet ordre est terrible !
--> Je ne crois pas qu'un tel document fut utilisé pour demander l'éradication des souris ! Il est vrai que plus de deux cents ans après la croisade contre les Albigeois, on a du mal à imaginer qu'un tel ordre a de nouveau pu être formulé par un représentant de l'Église... Et par un pape, encore moins !
--- Mais de quel pape s'agit-il ?
--> Le document est daté de 1491, c'est donc Innocent VIII.
--- Fantastique ! Vous connaissez la liste des papes par cœur ?

Un éclat de rire salua ma question.

--> Évidemment que non ! Mais il en est des papes comme des rois de France, on se souvient de ceux qui sont à l'origine ou qui ont participé à quelques événements importants. Innocent VIII, dont on parle beaucoup parce qu'il a eu plusieurs enfants reconnus, est surtout l'auteur d'une bulle célèbre " Summis desiderantes affectibus ", qui lança la chasse aux sorcières dans toute l'Europe.
--- Je crois, effectivement, que nous sommes en plein dans le vif du sujet. Qui, ces femmes, que l'on doit tuer sans discernement, pourraient-elles être d'autres que ces fameuses sorcières ?
--> Effectivement, tout cela fait penser à la chasse aux sorcières, mais ce texte n'est pas encore très clair. À quelles femmes, en particulier, fait-il référence ? Il semble désigner une catégorie de personnes facilement identifiables, ce qui ne peut être le cas des malheureuses que l'on nomma plus tard sorcières.
--- Pourquoi ne pas poursuivre votre traduction ?
--> Je vais le faire, mais le paragraphe qui semble être le plus important est, comme par hasard, celui qui est le plus en mauvais état et dont le plus grand nombre de mots sont absents ou incomplets.
--- Excusez-moi, j'ai fait aussi bien que j'ai pu...
--> Je ne veux rien savoir ! Laissez-moi travailler dans le silence.

Installé devant son bureau, le curé érudit prit une page blanche et, de sa belle écriture, commença à recopier le paragraphe convoité, en laissant des emplacements blancs à la place des mots absents ou incomplets du parchemin. Le fait qu'il laissa de très grands interlignes indiquait clairement son intention de faire une traduction mot-à-mot.
Pendant qu'il se penchait sur son ouvrage, je m'installais derrière lui et le regardais en silence, pour ne pas troubler sa concentration.
Cette affaire était prodigieusement intéressante, mais bien mystérieuse. Par quel miracle un tel document, qui aurait dû être détruit après lecture, pouvait se retrouver entre mes mains aujourd'hui ? Il fallait, sans doute, que la Bible, imprimée tout à fait aux débuts de l'imprimerie, donc très rare, ait été peu lu depuis cette époque. Sans doute a-t-elle était très rapidement considérée plus comme une antiquité, que comme un livre saint. Quelques collectionneurs successifs devaient l'avoir conservée précieusement dans leurs bibliothèques et l'on sait qu'un collectionneur de livres ne lit jamais ses précieux ouvrages.

En parlant de bibliothèque, je lançais un coup d'œil vers celle du curé. Puis, l'idée me vint de chercher un ouvrage qui parle du pape Innocent VIII, peut-être sa biographie me livrera-t-elle quelques indications concernant le mystère du parchemin.
À défaut d'un ouvrage concernant seulement ce pape, je mis la main sur une " Initiation à l'histoire de l'Église " de Philippe Tourault. Ce qu'il dit de mon pape est vraiment peu de chose :

" Innocent VIII, son successeur de 1484 à 1492, avait eu une jeunesse tumultueuse qui lui avait donné deux enfants naturels. D'une très grande médiocrité, faible et incapable, il laissa se généraliser la corruption à la cour pontificale. Sous son règne, l'idée de croisade sombra complètement. Il fut le premier pape à avoir des relations diplomatiques officielles avec les Infidèles, ennemis héréditaires de la chrétienté. Il accueillit même une ambassade turc, à Rome, en 1490. "

Il n'était même pas question de la chasse aux sorcières, par contre, son contact avec les Turcs, c'est-à-dire avec une autre culture, n'était peut-être pas sans intérêt.
Je remis le livre sur son étagère, ce qui provoqua un grognement de mon traducteur. Il ne me restait plus qu'à m'asseoir sans bouger, jusqu'à ce qu'il ait achevé son travail.

--> Voilà ! Je vais, à présent, essayer de vous transcrire cela en langage actuel. Je crois que vous allez être surpris, mais que vous n'aurez pas encore la véritable clé de l'énigme.

Il prit une autre feuille blanche et commença sa transcription. Quelques instants plus tard, il me tendit la feuille.

--> J'ai naturellement simplifié et actualisé la formulation.
--- Ce qui fait une double traduction...
--> Ne vous inquiétez pas, elles sont toutes les deux fidèles !

Le texte qu'il me présenta devait, effectivement, me surprendre :

" Ordre est donné, à tous les évêchés, en employant les services de la Sainte Inquisition, de faire disparaître toutes les femmes rousses, de leurs diocèses, qui auraient une forte personnalité. Il en va du salut de la Sainte Doctrine. "

--- Ça, alors ! Je commence à comprendre pourquoi plus de 5.000 femmes rousses ont été brûlées sur les bûchers de l'Inquisition.
--> Ce nombre est peut-être un peu exagéré... Et toutes les sorcières n'étaient pas rousses...
--- Allons, mon père, ne soyez pas gêné, je sais que vous n'êtes pour rien dans cette triste affaire.
--> Cela ne nous dit pas pourquoi cet Innocent VIII, qui était loin de l'être, innocent, a lancé ainsi cet anathème sur les femmes rousses.
--- Je crois, effectivement, qu'il faudrait que nous connaissions la raison de ce massacre.
--> Toutes les informations du parchemin ont été exploitées et nous n'avons pas d'autre document.

Il pencha sa tête de côté et me regarda avec un petit sourire malicieux.

--> La source de nos informations est bien tarie, n'est-ce pas ?

J'acquiesçais de la tête, avec une moue.

--- Vous êtes certain de la dernière partie : " Il en va du salut de la Sainte Doctrine. " ?
--> Absolument certain !
--- Voilà donc la clé de notre énigme.
à Une clé, sans aucun doute, mais nous ne savons pas quelle porte ouvrir avec !



Pourquoi ce pape dévoyé s'en était-il pris ainsi aux femmes rousses ? Quelle révélation l'avait poussé à le faire ? Comment une femme rousse, isolée quelque part en Europe, pouvait-elle mettre en danger la doctrine de l'Église ?
Il me fallait absolument une réponse pour chacune de ces questions. Je me plongeais donc dans la lecture d'ouvrages traitant de la religion chrétienne, d'ouvrages fidèles à la doctrine du Vatican et d'autres, plus irrespectueux des dogmes.

Je ne trouvais peu de choses, qui puissent m'aiguiller vers une solution à mon problème, dans la première liste d'ouvrages, si ce n'est que Innocent VIII, né Jean-Baptiste Cybo, ne dû son élection à la papauté qu'aux intrigues de son prédécesseur Sixte IV, qui est surtout connu pour avoir accordé, à la reine Isabelle, la terrible Bulle lui donnant pleins pouvoirs pour exterminer tous les Juifs et tous les Maures, présumés hérétiques. Une terrible filiation, s'il en est !

Par contre, la lecture des ouvrages, dits d'histoire alternative, me permit d'échafauder peu à peu une théorie.

Mon premier sujet d'étude fut celui du culte de la Déesse, ce que l'on nommera plus tard, le " féminin sacré ". Les premières traces de ce culte apparaissent vers 35.000 avant notre ère. Il s'agirait de la plus ancienne religion du monde. Une imagerie et des œuvres, qui semblent représenter la figure de la Déesse, apparaissent en même temps que les premiers humains, les hommes de Cro-magnon. Sous des noms différents, elle réapparaît du Moyen-Orient et de l'Europe en Inde, où la religion hindoue a porté son culte au plus haut niveau spirituel.
C'est une figure associée à la Lune depuis les temps anciens - rapprochement lié à la correspondance entre le cycle lunaire et le cycle physiologique de la femme, mais aussi avec le fait que la Lune connaît trois phases (ascendante, pleine et descendante) correspondant aux trois représentations de la déesse : jeune fille, mère, et vieille femme. La jeune fille symbolise la jeunesse, la sexualité, la vigueur ; la mère incarne la puissance féminine, la fertilité, l'impulsion nourricière ; la vieille femme représente l'expérience, la compassion et, par-dessus tout, la sagesse.

Pendant la période biblique, la déesse Asherah était vénérée, et dans quelques traditions, considérée comme l'épouse de Yahvé, Dieu lui-même. Mais, peu à peu, sous l'influence d'une société de plus en plus patriarcale, on assiste à un effort concerté pour supprimer le culte de la Déesse. L'islam aussi a, semble-t-il, procédé à la suppression de l'entité féminine. Quelques chercheurs placent l'origine du Dieu suprême, Allah, dans la figure de la déesse Al-lat, associée avec la Kaaba de la Mecque, sanctuaire pré-islamique, qui aurait été usurpé par Mahomet au profit de la loi musulmane.
En Égypte, Isis est considérée comme l'incarnation ultime du principe féminin, avec d'autres déesses qui participent aussi à la théorie des divinités les plus haut placées ; la déesse était aussi vue comme la matrice qui a permis la naissance du dieu, Horus le Jeune, qu'on retrouve dans le nom de la déesse Hathor, qui signifie " maison d'Horus ".
Il ne serait donc pas étonnant que si Marie-Madeleine symbolisât la déesse originelle et la continuation de l'ancien culte, des hommes se soient acharnés à la faire disparaître.

Ce n'est qu'au concile d'Éphèse, en 431, qu'une assemblée d'évêques chrétiens établit que la Vierge Marie devait être connue sous le nom de Théotokos, " mère de Dieu ", l'installant ainsi dans le rôle de la déesse tout en prenant soin de lui dénier les attributs de fertilité rattachés aux figures plus anciennes. Néanmoins, le culte plus tardif des Vierges noires à travers l'Europe semble constituer une reconnaissance de la figure de la Vierge Marie comme une déesse en elle-même, bien que l'Église catholique romaine la cantonne dans son rôle de mère docile et de personnage conciliant, afin de nier les caractéristiques de puissance traditionnellement associées à l'image de la déesse.

Au Moyen Âge, des milliers de femmes furent conduites au bûcher pour sorcellerie. Cette croisade contre le féminin avait pour but de réprimer une fois de plus l'indépendance et le pouvoir des femmes, en vue de faire disparaître le culte de la déesse, qui gagnait à nouveau en puissance.

Au dix-neuvième siècle, on assiste à une résurgence des cultes de la déesse avec la restauration de la Wicca, une religion essentiellement implantée dans le Nord de l'Europe. Connue aussi sous le nom de " sorcellerie blanche ", la Wicca tient la déesse en haute estime et croit en une sorte de dualité, en l'existence d'un équilibre entre le dieu et la déesse. D'autre part, de nombreux mouvements féministes ont mené la déesse vers de nouvelles hauteurs, et aujourd'hui sa vénération connaît une renaissance.
Aujourd'hui, la vénération de la déesse, la compréhension de son énergie et de sa spiritualité sont une fois de plus au premier plan. À travers les millénaires d'existence de l'être humaine, la figure de la déesse a été omniprésente. La déesse peut revendiquer sa position de première et plus vieille divinité.



Une émission, très intéressante, de la chaîne de télévision "Planète", vint à propos pour m'ouvrir une piste qui devait se révéler fructueuse. J'y découvris que Marie-Madeleine n'était pas la prostituée, la pécheresse que l'Église nous présenta ainsi pendant des siècles. Discrètement, en 1969, le Vatican avait d'ailleurs ôté ce qualificatif de " pécheresse " qui était accolé à son nom. La réalité semblait être tout autre. Marie de Magdala aurait été la disciple préférée du Christ, celle qu'il avait choisie pour lui succéder. La fameuse pierre sur laquelle il comptait bâtir son Église.
Après la mort de Jésus, un complot misogyne avait porté Pierre à sa place et avait discréditée Marie, en affirmant que c'était une prostituée. Comment pouvait-il en être autrement dans une religion issue d'un groupe de Juifs, dont la religion est aussi discriminatoire envers les femmes ? Quelle religion moderne ne l'est pas, d'ailleurs ?

Les conjurés, qui ne devaient d'ailleurs pas croire davantage en la résurrection et en la divinité de Jésus, que beaucoup de leurs successeurs par la suite, avaient expurgé les quatre seuls évangiles admis dans le Nouveau Testament, pour qu'ils correspondent à leur doctrine. Mais, récemment, d'autres évangiles, non trafiqués, sont revenus à la surface et dévoilent une vérité très différente de la version imposée depuis des siècles.
Une question était restée en suspens à la fin de l'émission : Marie-Madeleine avait-elle épousé Jésus ? Pour l'instant, la réponse des archéologues était plutôt négative, par manque de preuve.



Cette émission me poussa à m'intéresser de plus près au personnage de Marie-Madeleine. Dans les faits, comment apparaît la Marie-Madeleine du Nouveau Testament ?
L'appellation " Madeleine " semble liée au fait que Marie venait de la ville de Magdala. Ses apparitions dans le Nouveau Testament sont d'une rareté surprenante, et l'on peut les classer en quatre catégories distinctes : dans l'entourage du Christ pendant ses déplacements, pendant la Crucifixion, pendant l'ensevelissement et comme témoin de la Résurrection.
Une chose est néanmoins certaine : la vieille croyance qui représentait Marie-Madeleine en prostituée repentante est fausse. L'idée que Marie puisse être une prostituée semble issue d'un malentendu. Au sixième siècle, une proclamation du pape Grégoire Ier la désigna comme une pécheresse. Mais selon toute vraisemblance il faisait un amalgame entre trois femmes différentes, et interprétait mal Luc (VII et VIII). Bien sûr, l'Église n'a pas vraiment aidé à dissiper ce malentendu. Elle a attendu 1969 pour publier un discret démenti et indiquer que Marie-Madeleine n'était pas une femme perdue.
D'après les Évangiles, elle remplissait un rôle semblable à celui des disciples. Elle est avec Jésus à trois des moments clés de son parcours : elle assiste à sa crucifixion, elle aide à son enterrement et elle est la première personne à rencontrer le Christ ressuscité. Ces faits en eux-mêmes lui confèrent une importance certaine dans le domaine symbolique et peuvent expliquer l'animosité de Pierre envers elle, comme nous le verrons plus tard.
Existe-t-il une preuve de l'existence d'une relation intime entre Marie de Magdala et Jésus ? Le Nouveau Testament ne nous éclaire guère en ce domaine. Une lecture littérale des Évangiles ne nous fournit pas plus d'indices, et ce silence a quelque chose d'assourdissant. Une fois ce fait remarqué, il convient de se souvenir d'une chose : le Nouveau Testament, que nous connaissons, est passés par de nombreuses étapes d'écriture, ajouts ou retraits, sans oublier les multiples traductions. Alors qu'en est-il des sources non officielles ?

L'Évangile de Philippe (LXIII, 33-6), l'un des évangiles gnostiques qui figuraient dans le trésor de Nag Hammadi, découvert en Égypte, utilise un langage plus obscur pour décrire une éventuelle relation intime entre Jésus et Marie-Madeleine. Dans ce texte, il est dit que Jésus " l'aimait plus que tous les disciples " et qu'il avait l'habitude de " l'embrasser souvent sur la bouche ", les disciples hommes se montrant particulièrement offensés par ce comportement. Malgré l'absence d'indice indiquant l'existence d'un véritable mariage ou d'une cohabitation, le mot utilisé pour décrire Marie, " koinonos ", a été défini par Susan Haskins comme un équivalent de " partenaire " ou " épouse " (dans son ouvrage de 1993, Marie-Madeleine : Myth and Metaphor).

L'un des textes de Nag Hammadi est connu sous le nom d'Évangile de Marie-Madeleine. Nous y trouvons une référence au fait qu'elle a été choisie pour recevoir une révélation, au grand dépit des apôtres. André doute de la réalité de l'apparition du Christ devant Marie-Madeleine (XVII, 10-18) et Pierre demande " A-t-Il vraiment parlé à une femme en dehors de nous et en secret ?" Il continue ainsi :" La préfère-t-Il à nous ?" Plus loin dans le texte, Lévi le réprimande, en disant : " Mais si le Sauveur l'en juge digne, qui es-tu pour la rejeter ? Le Seigneur la connaît sans doute très bien. C'est pour cela qu'Il l'aime plus que nous. "
Ces textes montrent que le rôle des femmes ayant suivi Jésus est peut-être plus important que ce que nous avons été amenés à croire, mais n'éclairent pas pour autant la question centrale, à savoir si Marie et Jésus étaient mari et femme. En revanche, ils nous livrent des indices susceptibles d'inspirer toutes sortes d'hypothèses. Nous devons nous garder d'oublier que tous les textes cités ci-dessus ne sont que quelques-uns des centaines de documents, qui ont été écrits, se rapportant à cette période.
Par exemple, le paysan égyptien qui a découvert les documents de Nag Hammadi, les a d'abord donnés à sa mère pour allumer son feu, avant de le montrer à quelqu'un qui a su percevoir leur immense intérêt. Combien de documents irremplaçables ont-ils ainsi été détruits ?

L'une des théories les plus propres à éveiller la réflexion est développée par les auteurs de " L'Énigme sacrée ", dont on reparlera plus loin. D'après eux, les noces de Cana relateraient en réalité le mariage de Jésus. Cette hypothèse ne manque pas de vraisemblance et pourrait bien constituer un argument majeur dans ce débat. Surtout lorsqu'on y ajoute le fait que Jésus, comme tous les Juifs de son âge et de son époque, aurait dû avoir une épouse.

Ce qui nous conduit aux résultats suivants :

-- Le personnage de Marie-Madeleine dans le Nouveau Testament pourrait avoir entretenu une relation plus intime qu'on ne le pensait avec le Christ.
-- Marie était avec Jésus à des moments clés de l'histoire, notamment la mort, la mise au tombeau et la Résurrection.
-- Dans les Évangiles, rien ne corrobore l'idée d'un mariage entre Jésus et Marie-Madeleine.
-- Même les Évangiles trouvés en 1945, à Nag Hammadi, ne sont pas plus explicites, hormis une référence chez Philippe à une éventuelle épouse.

Qu'arriva-t-il à Marie après la mort du Christ ? Selon la tradition catholique, Marie-Madeleine mourut à Éphèse, où elle vivait avec Marie, la mère de Jésus, et Jean, l'auteur du quatrième Évangile. Cette tradition est cependant contredite par une légende du sixième siècle, mentionnée par Grégoire de Tours, qui cite un document encore plus ancien, relatant l'histoire du voyage de Marie-Madeleine à Aix-en-Provence. Ce récit semble être le catalyseur des théories du Sang Réal (Sang royal ou lignée royale du Christ) que nous retrouvons actuellement. Dans les cercles gnostiques, Marie-Madeleine est aussi connue comme la " bien-aimée ", ce qui la relie de nouveau à une union avec Jésus.

Margaret Starbid affirme dans un ouvrage de 1993, intitulé The Godess in the Gospels : Reclaiming the Sacred Feminine (" La Déesse des Évangiles : la reconquête du Féminin sacré "), que, si l'on applique le code de la gematria, ou symbolisme numérique, au nom de Marie-Madeleine, le résultat, 153, fait de Marie dans ce contexte la " Déesse ". Margaret Starbid estime également que Marie a longuement séjourné à Alexandrie, cité cosmopolite où la gnose est florissante. Une fois de plus, cela pourrait expliquer la plupart des mythes et des légendes qui entourent ce personnage, comme en témoignent les multiples sanctuaires dédiés à Marie-Madeleine dans le bassin méditerranéen dès les premiers siècles après Jésus-Christ.

Si l'existence théorique d'une lignée issue du Christ n'est pas nouvelle, l'idée qu'elle ait été perpétuée par l'intermédiaire de Marie-Madeleine est en revanche très moderne. De nos jours, un tourbillon d'idées et de théories se développe autour de la figure de Marie-Madeleine, considérée comme une incarnation du Féminin sacré, représentant d'une certaine manière l'esprit de la Déesse-Mère. C'est une approche différente de la théorie de la Sainte Lignée, dans la mesure où elle repose davantage sur une métaphore et un symbolisme que sur une réalité physique. Il semblerait logique que Marie-Madeleine tienne l'un des deux rôles, soit épouse de Jésus, soit la personnification du Féminin sacré.
L'histoire de Marie-Madeleine est mêlée de mythes, de légendes et de symboles. Elle en est arrivée à représenter l'esprit même de l'ancienne déesse, dont le culte s'étendait du Moyen-Orient à l'Europe des milliers d'années plus tôt. La réalité de son mariage avec Jésus ou le fait qu'elle ait porté son enfant ne peuvent pas être prouvés dans l'état actuel de nos connaissances historiques. Ces récits, encore voilés par les mythes, sont destinés à se clarifier à mesure que nous avançons dans le temps. La disparition de deux mille ans de répression du Féminin sacré y veillera.



Je n'ai naturellement pas pu esquiver la lecture de " L'Énigme sacrée ". Ce best-seller international, qui a fourni les informations pour une grande partie de l'intrigue du Da Vinci Code, a été publié en 1982, sous la plume de Michael Baigent, Richard Leigh, et Henry Lincoln. Le livre, " L'Énigme sacrée ", est généralement considéré comme la " Bible " du Prieuré de Sion. À noter que les Anglo-Saxons ont surnommé l'ouvrage HBHG, d'après les initiales de son titre anglais, Holy Blood, Holy Graal.
Même si, encore aujourd'hui, des experts de l'histoire du Prieuré de Sion continuent à contester la véracité de l'information historique contenue dans l'ouvrage, l'accord est général quand il s'agit de reconnaître que, pour le meilleur ou le pire, " L'Énigme sacrée " a révélé au grand jour des idées historiques et révolutionnaires qui jusque-là n'avaient jamais fait l'objet d'un débat public. Plus encore, il s'agit du seul ouvrage, sur la question, publié en langue anglaise, au milieu d'une production industrielle sur le Prieuré de Sion, rédigée par des auteurs francophones affirmant avoir eu un accès direct à un prétendu grand maître de la société secrète.
En dépit de la controverse, HBHG nous propose l'inappréciable vision d'un oeil profane sur les développements de ces circonvolutions historiques, après les points de vue d'ordres chevaliers, gnostiques ou ésotériques. Les auteurs commencent par piquer l'intérêt du lecteur avec l'histoire d'un mystérieux trésor à Renne-le-Château, dans le sud de la France (bien que l'énigme de ce trésor soit largement démystifiée aujourd'hui), puis ils élargissent le champ de leur enquête pour y inclure une analyse romancée du catharisme, version primitive et hérétique du christianisme, avant d'embrayer sur une histoire des chevaliers du Temple. Les Dossiers secrets prétendent que le Prieuré de Sion était la force cachée qui se trouvait derrière la formation des Templiers. Une grande partie de L'Énigme sacrée s'appuie sur la version du grand maître Pierre Plantard, notamment en ce qui concerne l'évolution de l'ordre après sa rupture avec le Temple. Ce qui donne un compte-rendu hautement coloré de la manière dont des rois et des scientifiques, des intellectuels ou artistes de renommée mondiale, y compris Léonard de Vinci, sir Isaac Newton, Victor Hugo, Claude Debussy et Jean Cocteau, ont guidé la course de l'humanité durant les mille dernières années.

Cependant, l'aspect le plus curieux de cette recherche sur l'histoire du Prieuré de Sion est sans conteste la nature des relations entre les auteurs et l'énigmatique grand maître Pierre Plantard. Il envoie les trois hommes à la chasse au dahu, en les orientant vers la consultation d'obscurs documents ou la visite de sites éparpillés à travers toute la France, afin de vérifier des détails infimes ou des informations insignifiantes. L'enjeu est de confirmer l'authenticité du Prieuré de Sion ou de découvrir s'il est le produit d'un canular très élaboré. À mesure que Baigent, Leigh et Lincoln bataillent avec une armée de codes ésotériques et de documents historiques, l'enquête se transforme en une partie d'échecs psychologique multidimensionnelle. Et c'est précisément cet aspect de la recherche qui continue encore maintenant à accrocher tous ceux qui entament des études sur le Prieuré de Sion.
Finalement, dans une tentative pour synthétiser cette accumulation de données, Baigent, Leigh et Lincoln ont effectué le saut quantique époustouflant qui a valu à L'Énigme sacrée sa réputation de " controverse explosive " et sa qualité de best-seller : la descendance de Jésus et de Marie-Madeleine.
La graine a été semée lors de la première entrevue avec Pierre Plantard. Pendant cet entretien, Plantard affirma que le Prieuré de Sion détenait le trésor perdu du Temple de Jérusalem, trésor qui serait restitué à Israël le moment venu. Mais il souligna le fait que la valeur essentielle de ce trésor n'était pas historique, financière ou même politique, en insistant particulièrement sur sa dimension " spirituelle ". Cette part spirituelle consistait en un secret dont la révélation apporterait de grands changements sociaux en Occident.
En s'accrochant à cet indice ténu mais prometteur, associé à l'obsession de Plantard pour les généalogies complexes et sa prétendue appartenance à la descendance des Mérovingiens, les trois auteurs ont consacré le dernier tiers de L'Énigme sacrée à exposer leur théorie : la véritable mission du Prieuré de Sion était de défendre la lignée sacrée descendant de l'union de Jésus et de Marie-Madeleine. Leur démonstration est si logique et si convaincante que la plupart des lecteurs y adhèrent. Mais en réalité, Pierre Plantard n'a jamais confirmé cette hypothèse, présentée comme le résultat d'un intense travail de recherche. Bien au contraire, il affirma le contraire devant des caméras de télévision.

L'ironie de l'énigme se révèle encore mieux dans la publication suivante de Baigent, " The Messianic Legacy ", traduit sous le titre français de L'Énigme sacrée : " le Message ", où le trio relate la suite de la saga de leurs expériences personnelles avec le Prieuré de Sion. Par courtoisie, ils soumettent à Plantard le manuscrit français de " L'Énigme sacrée " et attendent sa réaction le cœur battant. La réponse du grand maître se révèle décevante par son ambivalence et les plonge dans l'embarras. D'une part, Plantard fait observer sans s'engager qu'il n'existe pas de preuve fiable que les Mérovingiens descendent effectivement de Jésus, mais il affirme aussi que ces mêmes Mérovingiens dérivent de la lignée royale de David. Fait encore plus remarquable, les commentaires de Plantard sur le rôle de Marie-Madeleine dans la dynastie se signalent par une absence criante.
Peu importe : malgré la réticence de Plantard à approuver ouvertement le rôle du Prieuré de Sion dans la théorie d'une descendance de Jésus et Marie-Madeleine, les recherches des trois auteurs se révèlent si séduisantes que, durant ces vingt dernières années, L'Énigme sacrée a inspiré un catalogue entier d'ouvrages, y compris le Da Vinci Code, consacrés à l'examen des histoires alternatives d'un chapelet ininterrompu de mystères ésotériques, sociétés secrètes, ordres chevaliers qui clamaient leur appartenance à la lignée de Jésus et Marie-Madeleine.

Dan Brown, lui-même, rend un hommage spécifique à " L'Énigme sacrée " par la bouche de son personnage Leigh Teabing. En effet, Teabing cite l'ouvrage pendant qu'il donne à Sophie des informations sur le Prieuré de Sion au château de Villette :" Cet ouvrage a fait de sérieux remous dans les années quatre-vingt. Je trouve personnellement que ses auteurs ont mêlé quelques éléments douteux à leurs analyses, mais le fond est parfaitement sérieux. Et ils sont les premiers à avoir exposé la vraie nature du Graal au grand public. "



Après analyse et recoupement avec d'autres ouvrages, il m'apparut, à l'évidence, que " L'Énigme Sacrée " ayant été tiré à plusieurs millions d'exemplaires, ce livre rendit célèbres (et riches) ses trois auteurs : Michael BAIGENT, Richard LEIGH et Henry LINCOLN. Il rendit célèbre, également, un fumiste plein d'imagination, Pierre PLANTARD, qui se prétendait grand maître du Prieuré de Sion, une pseudo-société secrète, qu'il avait inventé de toutes pièces pour soutenir ses prétentions à la succession au trône du royaume de France, par la lignée des Mérovingiens.
Ce que tout le monde ne sait pas, c'est que le dernier des rois mérovingiens fut Dagobert II, mort assassiné d'un coup de poignard dans un œil, en 679, sans héritiers légitimes.
Nos trois écrivains étaient parvenus à rédiger leur ouvrage, qui se présente comme le résultat d'une enquête scientifique minutieuse, après plusieurs années de recherches, menées sans aucune rigueur et avec une naïveté, feinte ou réelle.
Trouvant l'histoire de PLANTARD intéressante, mais pas suffisamment médiatique, ils améliorèrent le récit de celui-ci (malgré les dénégations télévisuelles de ce dernier) en assurant la jonction entre les rois mérovingiens et rien de moins que la descendance que Jésus-Christ aurait eue avec Marie-Madeleine, son épouse secrète. Ce pauvre PLANTARD, mort depuis, en 2000, ne revendiquait que le trône de France, pas celui de Saint-Pierre.

Mais, si " L'Énigme sacrée " ne prouve absolument pas que Jésus ait eu une descendance, surtout pas à travers la dynastie des rois Mérovingiens, son caractère douteux ne doit infirmer en rien cette hypothèse, qui reste complètement ouverte pour de nouveaux chercheurs, plus compétents ou plus honnêtes.

Les trois farceurs, qui ont commis cet ouvrage, enfourchèrent allégrement un canular fraîchement réalisé, qui les conduisit à affirmer que la succession de Jésus s'est faite à travers la dynastie mérovingienne, sous la protection de la fumeuse société secrète du Prieuré de Sion.
Cette hypothèse, pour le moins dénuée de preuves scientifiques, fut reprise sans complexe par un écrivain américain, les trois autres étant anglais, dans un roman à gros tirage, le " Da Vinci Code ". Dan Brown, l'heureux auteur, qui a touché le gros lot, apporta la touche finale à mon hypothèse : Marie-Madeleine était rousse et le gène de la rousseur, transmis de génération en génération, est parvenu jusqu'à sa dernière descendante actuelle. Au point où nous en sommes, pourquoi pas ?



Cette fois-ci, j'avais tous les éléments qui me permettaient de répondre à la totalité des questions posées par le parchemin authentique. Mis au courant de cette dynastie de rousses, qui pouvait prétendre à la succession de Jésus-Christ, dans une religion résolument opposée au vieux " féminin sacré " qui précéda les trois religions du Livre, Innocent VIII voulu renouveler le geste d'Hérode, qui fit tuer tous les nouveau-nés pour essayer de détruire le Messie, annoncé comme le nouveau roi d'Israël. S'il parvenait à faire monter sur le bûcher toutes les femmes rousses ayant certaines qualités intellectuelles (héritage oblige), il pouvait éviter le désastre que représenterait l'apparition soudaine d'une descendante du Christ, pour la doctrine chrétienne.
Non seulement, tout l'édifice de la succession des papes de Rome s'effondrerait, frappés d'imposture, mais la divinité même de Jésus serait à remettre en cause, ce qui est le fondement même de la religion chrétienne.
Mais qui avait pu l'informer de cette hypothèse bien postérieure au XV° siècle ? Naturellement, quelque lettré musulman, qui aurait eu en main les fameux évangiles exclus de la sainte Bible.

Mon parchemin, même s'il était la preuve incontestable qu'un pape avait été informé d'une éventuelle descendance de Jésus et de Marie-Madeleine, ne prouvait absolument pas la réalité de cette hypothèse. Par contre, il était bien la preuve tangible qu'il y avait eu tentative d'extermination concerté des femmes rousses et pas seulement parce que leurs chevelures rappelaient la couleur des flammes de l'Enfer ou du sang ; pas seulement parce que leur apparence et l'odeur de soufre de leur peau faisaient croire à leur intimité avec le Diable ; mais en raison d'une supposée filiation avec Jésus-Christ, qui, même s'il perdait ainsi son essence divine, était encore bien loin d'être un démon.



Retour à la page d'accueil

Retour au Site Portail