La tension que j'avais accumulée pendant ces quelques jours s'est relâchée d'un seul coup et j'ai laissé libre cours à mes larmes. Étais-je si peu séduisante pour que les hommes de ma vie m'en préfère toujours une autre ? Ce fut d'abords mon père, puis mon frère et maintenant mon ami le plus cher. Mon univers s'écroulait autour de moi !
C'est vraiment dur, très dur, à tel point que je ne trouve plus les mots pour décrire ma situation, c'est une véritable paralysie, une vraie angoisse dont seuls les victimes du même drame peuvent se faire une idée.
J'avais l'air d'une gamine, qui a mis les affaires de sa mère pour avoir l'air d'une femme ! C'est drôle quand c'est un jeu, ce ne l'est plus du tout quand c'est la réalité. Et nul ne souciait d'écouter, et encore moins de comprendre les tourments d'une fille prisonnière d'un monde auquel elle était si étrangère.
Je dissimulais mes émotions. Je domptais ce trop-plein de rage qui me détruisait. J'enfouis mon visage dans mes mains et je me mets, cette fois-ci, non pas à sangloter mais à essayer de faire renaître mon ex-cœur. Impossible, son visage s'impose et me brouille la piste et je crois que même l'instant du calme et même la joie des retrouvailles ne peuvent jamais se recréer par la mémoire.
Les grandes œuvres sont lues, écoutés, vécues, grâce à la réceptivité, à la sensibilité de celui qui les aborde, alors qu'une interprétation préconstruite par les critiques, les professeurs, viole la pureté du contact direct avec le texte et en altère la jouissance.
À chaque effort pour retrouver un lieu de rencontre, une rue, mon corps s'y oppose. Je transpire d'abord à la racine des cheveux, puis à la plante des pieds. Je suis sous l'emprise absolue de la phobie, et je ne peux plus me dire que cela, jusqu'au jour où je m'éveillais baignée de sueur, hurlant de toutes mes forces, et ma mère devait me prendre dans ces bras pour me calmer et me consoler. Si elle savait de quoi je souffre, elle en mourait ! C'était la première fois que ma mère se trompait sur mes sentiments. D'habitude elle était plus perspicace.
J'ai alors songé aux lettres qu'il m'avait écrites, je les lisais et relisais ; aux paroles qu'il m'avait dites lors de nos rencontres, il ne m'avait jamais aimée, en tout cas pas comme un homme aimerait une femme. Je me flanquerais la tête contre le mur pour être si bête, si stupide ! Tout m'avait été qu'illusion, chimère.
Vous est-il arrivé de savoir qu'il se passe quelque chose alors que tout le monde le nie ? Une partie de vous n'a pas vraiment envie de savoir, si bien que vous l'ignorez-vous aussi. Puis, soudain, vous découvrez ce que c'est, et vous vous rendez compte que vous le saviez depuis bien longtemps... Tout en pensant que vous auriez préféré ne pas le savoir. C'est exactement cela, ma relation avec lui.