Deux personnes discutent sur un banc public. Le soleil se repose lentement d'une étouffante journée.
" - ... Ce soleil me fait du bien aux orteils.
- Oui, à moi aussi. Tiens, justement, hier mon cousin me demandait ce qu'était le bien.
- Dans l'absolu, il n'existe que par les interdits. Les textes de loi, et ce depuis l'aube des temps, délimitent un champ d'action, à toi de l'explorer sans les transgresser. La foi divise en deux notre perception : bien ou mal. Alors qu'ils sont dépendants l'un de l'autre. Comme l'homme dépend de la femme ou comme le soleil dépend de la lune. Prends le yin et le yang, tout y est schématisé comment évaluer une situation si on ne peut la contraster ? En plus, le bien a cette fâcheuse tendance à être relatif. Tout est une question de perspective, de formulation. Si je trompe ma femme, je sais que c'est mal. Mais pour ma maîtresse, c'est plutôt bien. Maintenant, si je te parle du bien que me procure mes orteils chauffés, je te parle de cette sensation de manque qui vient d'être comblée. Ce bien n'existe que parce que l'hiver me les a gelés. C'est un cycle qui doit se renouveler pour exister.
- Ouh là... Moi j'ai tout simplement répondu à mon cousin que le bien était ce que sa conscience lui dictait.
- La conscience ? C'est quoi ça ?
- Cette petite voix au fond de nous.
- Ah ? Et tu crois qu'elle a appris à parler toute seule ? Il a bien fallu que quelqu'un lui donne des cours de diction à cette petite voix ? Non ?
- Non ! Puisqu'elle a appris à parler en même temps que nous.
- Ah ? Tu veux dire qu'elle grandit en même temps que nous ?
- Oui ! Forcément.
- Ah ? Elle s'imprègne donc de notre vécu ? Elle est aussi objective que lorsque tu parles d'un arbitre qui a laissé perdre le PSG ? Cette petite voix, c'est ton éducation, tes passions, tes angoisses, tes craintes, tes idéaux qui te crachent en plein visage qu'ils existent et qu'ils veulent vivre. C'est ça le bien pour toi ?
- Être en phase avec soi-même, c'est bien.
- Sûrement. Mais c'est toujours relatif. Ce qui est bien pour moi ne l'est pas forcément pour toi.
- Tu as toujours quelque chose à dire, ça en devient lassant. Tu ne pourrais même pas regarder une feuille tombant d'un arbre sans disserter deux heures dessus. Tu penses sincèrement que c'est bien ça ? Tu ne pourrais pas apprécier les choses pour ce qu'elles sont et non pour ce qu'elles représentent ou ce qu'elles symbolisent.
- Non. Je trouve ça mal de rester à la superficie.
- C'est dommage, tu rates beaucoup de choses. Car pendant que tu causes, le spectacle continue et toi tu n'en as vu qu'une petite partie. Donc, au bout du compte tu restes tout autant à la superficie. Tu crois qu'en causant des heures sur l'infiniment petit, tu pourras le comprendre. Tu penses sûrement qu'en pensant à l'absolu, tu deviendras absolu. Un jour, j'ai entendu un gars qui disait que nous n'étions rien à côté des insectes car ils étaient là avant nous et le serons après nous. Il avait pas tort ce mec. Et le plus drôle, c'est que les insectes ne dissertent pas.
- Le rectiligne enroulé sur lui-même n'est-il pas circulaire ? Évidemment qu'en dissertant tu perds la substance de tes émotions. Mais en restant muet, tu ne sauras jamais par quelle porte s'engouffrent ces émotions.
- Bon y'en a marre, je te laisse à ta philo de bar PMU. Au fait, tu pues des pieds. Enfin, si je dis ça, c'est pour ton bien. "