17 juin 2006
Site de Daniel HALY




DÉSACCORD A CUBA


Daniel HALY



"Un dictateur arrive
Et l'on fait entrer la claque.
Apparaît enfin un vieux poète
Qui demande dès le seuil :
C'est ça, le monde ?

Raul Rivero. Souvenirs oubliés.



Comme les aréoles bistre d'une gitane de légende,
Elle portait ses lourdes nuits blanches,
Sous ses yeux de femme...

Derrière l'antique comptoir laqué du bar de la Havane,
Elle servait des rhums-citron à des riches yachtmen désabusés :
Ces touristes pénards venus de Paris, de Londres ou de Brisbane.

La révolution castriste avait implosé entre les mains de Castro - despote mégalomane -
Et la courageuse barmaid à la peau café au lait,
Portait courageusement ses nuits blanches,
Sous ses yeux de femme...

Où étaient donc passés les philosophes et autres doctrinaires de Paname ?
Ce lèche-cul et ces courtisanes - intellectuels pour la plupart -
De ce Fidel aux allures de piètre Wotan ?!

" La Révolution Internationale sera le légitime véhicule de nos justes pensées ! Clamaient à l'époque ces tristes et sinistres donneurs de très mauvaises leçons... Sartre, hélas, n'étant pas le dernier. Sakharov, de son côté, ne comprenait pas cet engouement ou cet aveuglement...

Tout à trac et sans emphase, la barmaid m'avait alors confié :

" Il ne reste plus rien de la Révolution. Il ne subsiste que les multiples métastases qui pourrissent toutes les couches de la population... Les jours de Fidelio décroissent tandis que nos souffrances croissent sans cesse ! On arrête pour des peccadilles les homosexuelles et les écrivains ; on jette l'anathème sur les personnes atteintes du sida... L'admiration à céder la place à la crainte et parfois à la haine... J'ai également cru aux matins qui chantent... Aux vraies valeurs égalitaires... Mais depuis longtemps il n'y a plus d'espoir... Notre peuple est un peuple fier et courageux ! Aussi ne me parler plus de Fidel et de cette fumeuse dictature du prolétariat... Il s'agit d'une vaste fumisterie !..."

Et sous ses yeux de femme, j'avais lu les nuits blanches de la barmaid :
C'étaient les mots simples et graves d'une femme à la peau café au lait,
Une femme sensuelle de cinquante ans aux belles aréoles bistre...
Dont le corps nu habillé de ses seules nuits blanches,
Fut le temps d'un tendre rêve particulier,
Comme un éblouissant et perceptible soleil libérateur,
Epinglé doucement aux trois angles blessés de son cœur...




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