La libre littérature française d'Amérique Version du 28 octobre 2007




Cher bébé


Caroline DEBERDT



La jeune fille est devenue une femme et attend ce qu'il est convenu d'appeler "un heureux événement" !


Voici la première fois que je t’écris. Ça faisait longtemps que j’en avais envie. J’ignore pourquoi. J’ai l’impression, depuis quelque temps, que tu voudrais entrer en communication avec moi, comme un extra-terrestre qui essaierait d’entrer en contact avec la Terre.
La Terre, tu ne la connais pas encore, pourtant tu vis dessus, enfin presque. Tu ne feras que ton premier pas à terre l’année prochaine. En attendant, je te porterai. Je te porte déjà dans mon ventre et dans mon cœur, et dans deux mois je pourrai enfin te porter dans mes bras, pour la première fois, et ce jour-là sera le plus beau jour de ma vie.
J’ai tout le temps faim. Dès que j’ai fini un repas, j’en recommence un autre. Tu me prends tout pour te construire un peu plus chaque jour. Cela fait trente semaines que tu absorbes tout ce dont tu as besoin dans mon corps, mais je ne t’en veux pas rassures toi ! Prends ! Prends tout ce que tu veux, tout ce qu’il te faut pour enfin devenir un jour un être solide comme moi !
Mon corps est tien, nous ne faisons qu’un. Nous respirons le même air, ingurgitons les mêmes nutriments ; là où je vais tu vas.
Tous les jours je me pose des questions et je m’impatiente de la réponse : Quel visage as-tu ? Me ressembles-tu ? Quel genre de petit garçon seras-tu ? Auras-tu mes yeux ou ceux de ton père ?
Ô ! C’est vrai, je ne t’ai pas encore parlé de lui, ton futur « papa ». C’est un drôle tu verras, mais il t’aime déjà et t’as beaucoup désiré ; il savait même depuis toujours comment il allait t’appeler ! Il n’est pas souvent là tu sais mais je pense qu’il sera présent pour toi lorsque tu viendras. Il a hâte de te voir, il en est tout excité, bien qu’il soit gêné de l’avouer ! Tu seras son premier garçon. Il est fier d’avoir un fils et il imagine déjà tout ce que vous ferez plus tard entre hommes…
Avec ta grand-mère on fait les magasins. Elle ne t’a pas encore vu mais elle te gâte déjà ! Elle t’a déniché de jolis petits vêtements : pyjama, bonnet, pantalon, body… J’espère que tu aimes le bleu car la plupart de tes vêtements le sont, hé oui dans les magasins c’est bleu pour les garçons, rose pour les filles ! Moi je trouve les vêtements très mignons et je te vois déjà dedans ! Je suis sûre qu’ils t’iront à merveille !
Mais pour l’instant, laissons ça de côté, tu n’en as pas encore besoin. Profites de ces deux derniers mois pour rester nu dans ton cocon chaud et moelleux ! Quand tu sortiras, tu auras sûrement froid, nous serons en novembre ! Ne t’inquiètes pas, je te couvrirai et tu seras toujours au chaud !
La première fois que je t’ai vu tu mesurais trois millimètres et maintenant tu es déjà un vrai petit être, avec tout ce qu’il faut là où il faut. Je m’attarde parfois sur les photos… Avec la gynéco, nous t’avons déjà examiné sous toutes les coutures !
Depuis que tu vis en moi, je ne peux plus faire certaines choses comme dormir sur le ventre, boire de l'alcool ou même faire de sport… Chaque marche devient essoufflante et tout le monde ne cesse de me répéter « Reposes toi ! ».
Mais ce n'est pas grave car, depuis que tu es là, j’ai de nouveaux objectifs dans ma vie et une nouvelle vision du monde. Ce dernier est souvent cruel mais lorsque je pense à toi, c’est comme un rayon de soleil sur ma vie. Tu es ma pensée réconfortante. Et je pense souvent à toi. Chaque jour et même plusieurs fois par jour ! Et quand mon esprit s’échappe ailleurs, tu ne te fais pas oublier avec tes coups de poings ou de pieds ! Tu bouges beaucoup en ce moment ! Je me demande parfois si tu as assez de place. Patientes encore un peu, bientôt, tu pourras déplier tes jambes et tes bras et remuer à ton aise ! Patientons ensemble… tu veux bien ?


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